Les romains ne savaient pas (sauf quelques rares savants) ce qu'était un volcan. Aussi, quand en 79, le Vésuve rentre en éruption, aucun habitant des alentours ne pouvaient imaginer ce qui était en train de se dérouler.

Pompéi et Herculanum furent détruits et ce volcan fut le sujet de nombreux récits. En voici deux extraits :

Ἐν τῇ Καμπανίᾳ ϕοϐερά τινα καὶ ϑαυμαστὴ συνηνέχϑη· ἄνδρες γὰρ πολλοὶ καὶ μεγάλοι πᾶσαν τὴν ἀνϑρωπίνην ϕύσιν ὑπερϐεϐληκότες, οἷοι οἱ γίγαντες γράϕονται, τοῦτο μὲν ἐν τῷ ὄρει, τοῦτο δὲ ἐν τῇ περὶ αὐτὸ χώρᾳ, μεϑ᾿ἡμέραν καὶ νύκτωρ ἐν τῇ γῇ περινοστοῦντες καὶ ἐν τῷ ἀέρι διαϕοιτῶντες ἐϕαντάζοντο. Καὶ μετὰ τοῦτο αὐχμοί τε δεινοὶ καὶ σεισμοὶ ἐξαίϕνης σϕοδροὶ ἐγίνοντο, ὥστε καὶ τὸ πέδιον ἐκεῖνο πᾶν ἀναϐράττεσϑαι καὶ τὰ ἄκρα ἀναπηδᾶν. Ἠχαί τε αἵ μὲν ὑπόγειοι, βρονταῖς ἐοικυῖαι, αἵ δὲ ἐπίγειοι, μυκηϑμοῖς ὅμοιαι συνέϐαινον· καὶ ἀνέϑορον πρῶτον μὲν λίϑοι ὑπερμεγέϑεις, ἔπειτα πῦρ πολὺ καὶ καπνὸς ἄπλετος, ὥστε πάντα τὸν ἀέρα συσκιασϑῆναι. Νύξ τε οὖν ἐξ ἡμέρας καὶ σκότος ἐκ ϕωτὸς ἐγένετο· καὶ ἐδόκουν οἵ μὲν τοὺς γίγαντας ἐπανίστασϑαι (πολλὰ γὰρ τότε εἴδωλα αὐτῶν ἐν τῷ καπνῷ διεϕαίνετο, καὶ προσέτι καὶ σαλπίγγων τις βοὴ ἠκούετο), οἵ δὲ καὶ εἰς χάος ἤ καὶ πῦρ τὸν κόσμον πάντα ἀναλίκεσϑαι· καὶ διὰ ταῦτα ἔϕυγον, οἵ μὲν ἐκ τῶν οἰκιῶν ἐς τὰς ὁδούς, οἵ δὲ ἔξωϑεν, εἴσω. Ταῦτά τε ἅμα ἐγίγνετο καὶ τέϕρα ἀμύϑητος ἐϕυσήϑη καὶ πολλὰ μὲν ἀλλὰ καὶ ἀνϑρώποις καὶ χώραις ἐλυμήνατο, προσέτι δὲ καὶ πόλεις δύο ὅλας, τό τε Ἡρκουλάνεον καὶ τοὺς Πομπηίους, ἐν ϑεάτρῳ τοῦ ὁμίλου αὐτῆς καϑημένου, κατέχωσεν.

DION CASSIUS, Histoire romaine

En Campanie, des phénomènes effrayants et extraordinaires se produisirent : des hommes, nombreux et grands, dépassant la taille humaine tout entière, et tels que sont décrits les géants, apparurent, soit dans la montagne, soit dans la région alentour, errant sur la terre et parcourant les airs, de jour comme de nuit. Et, à la suite de cela, eurent lieu de terribles desséchements et tout à coup de violents tremblements de terre, au point que toute cette plaine est soulevée et que les hauteurs bondissent. Des grondements, les uns sous terre, semblables à des coups de tonnerre, les autres sur terre, semblables à des mugissements : d’abord furent projetées en l’air, d’immenses pierres, puis un grand feu et une énorme fumée de sorte que tout l’air était assombri. Ce fut donc la nuit après le jour, et l’ombre après la lumière ; alors, les uns pensaient que les géants se révoltaient (car on voyait souvent leur silhouette à travers la fumée et l’on entendait même un bruit de trompette), les autres pensaient que tout l’univers s’anéantissait dans le chaos et le feu ; et à cause de cela, ils fuyaient, les uns de leurs maisons vers les routes, les autres de l’extérieur vers l’intérieur. Ces événements se sont produits en même temps et une quantité incroyable de cendres s’est exhalée de la terre en causant beaucoup de dégâts à la fois aux hommes et aux régions ; et plus encore, cela a même détruit deux villes entières, Herculanum et Pompéi, alors que la foule des habitants de cette dernière était assise au théâtre.

 

Interim e Vesuvio monte pluribus locis latissimae flammae altaque incendia relucebant, quorum fulgor et claritas tenebris noctis excitabatur. Ille agrestium trepidatione ignes relictos desertasque villas per solitudinem ardere in remedium formidinis dictitabat. Tum se quieti dedit et quievit verissimo quidem sommo. […]

Sed area, ex qua diaeta adibatur, ita jam cinere mixtisque pumicibus oppleta surrexerat, ut, si longior in cubiculo mora, exitus negaretur. Excitatus procedit seque Pomponiano ceterisque qui pervigilarant reddit. In commune consultant, intra tecta subsistant an in aperto vagentur. Nam crebris vastisque tremoribus tecta nutabant et quasi emota sedibus suis nunc huc nunc illuc abire aut referri videbantur. Sub dio rursus quamquam levium exesorumque pumicum casus metuebatur, quod tamen periculorum collatio elegit. Et apud illum quidem ratio rationem, apud alios timorem timor vicit. Cervicalia capitibus imposita linteis constringunt ; id munimentum adversus incidentia fuit.

Jam dies alibi, illic nox omnibus noctibus nigrior densiorque ; quam tamen faces multae variaque lumina solabantur. Placuit egredi in litus, et ex proximo adspicere, ecquid jam mare admitteret ; quod adhuc vastum et adversum permanebat. Ibi super abjectum linteum recubans semel atque iterum frigidam poposcit hausitque. Deinde flammae flammarumque praenuntius odor sulpuris et alios in fugam vertunt et excitant illum. Innitens servolis duobus adsurrexit et statim concidit, ut ego colligo, crassiore caligine spiritu obstructo clausoque stomacho. […]

Ubi dies redditus (is ab eo quem novissime viderat tertius), corpus inventum integrum, inlaesum opertumque ut fuerat indutus ; habitus corporis quiescenti quam defuncto similior.

PLINE LE JEUNE, Lettres

Pendant ce temps, du mont Vésuve, en de nombreux endroits brillaient de très hautes flammes et de grands incendies, dont l’éclat et la clarté ressortaient des ténèbres de la nuit. Ce grand homme (= Pline) ne cessait de dire, pour calmer la terreur des gens, que c’étaient des feux délaissés par les paysans dans leur agitation et des maisons désertées qui brûlaient, suite à leur abandon. Alors il s’adonna au repos et dormit d’un sommeil vraiment très profond. […] Mais la cour par laquelle on accédait à l’appartement, déjà remplie de cendres et de pierres ponces mélangées, s’était surélevée à un point tel que l’issue lui serait impossible s’il restait plus longtemps dans la chambre. Une fois réveillé, il sort et va à la rencontre de Pomponianus et de tous ceux qui étaient restés éveillés. Ils débattent ensemble pour savoir s’ils restent à l’abri des maisons ou s’ils s’aventurent à l’extérieur. Les maisons en effet, oscillaient sous l’effet de nombreux et amples tremblements et, comme si elles étaient sorties de leurs assises, elles semblaient aller tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ou bien se remettre en place. En revanche en plein air, on craignait la chute des pierres ponces, quoique légères et consumées, ce que pourtant, la comparaison des dangers fit choisir. Et chez ce grand homme, en vérité, c’est la logique qui l’emporta sur la logique alors que chez les autres, c’est la peur qui l’emporta sur la peur. Ils s’attachent sur la tête des oreillers avec des morceaux d’étoffe : ce fut leur protection contre tout ce qui tombait. Déjà le jour partout, alors que là, c’est la nuit plus noire et plus dense que toutes les autres nuits, que pourtant de nombreux feux et des lumières de toutes sortes atténuaient. Il eut envie d’aller sur le rivage, et de regarder de tout près si on pouvait maintenant prendre la mer ; celle-ci restait encore grosse et hostile. Là, se couchant sur un tissu mis par terre, il réclama et but plusieurs fois de l’eau froide. Puis les flammes et l’odeur de soufre annonciatrice des flammes mettent les autres en fuite et le réveillent. S’appuyant sur deux petits esclaves, il se redressa et aussitôt retomba, je suppose la respiration obstruée par l’air trop épais et la gorge bouchée. […] Quand le jour revint (c’était le troisième depuis celui qu’il avait vu pour la dernière fois), son corps fut retrouvé intact, en parfait état et couvert des vêtements dont il avait été vêtu ; l’aspect de son corps était plus semblable à celui d’un homme endormi qu’à un mort.

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Pierre Jacques Volaire Éruption du Vésuve de nuit

Après la catastrophe, le Vésuve et ses environs sont devenus des lieux attractifs avant d'être, aujourd'hui un grand lieu touristique.  

Chateaubriand dans Voyage Italie (1833) raconte son ascension du Vésuve et ses émotions au sommet.

Me voilà au haut du Vésuve, écrivant assis à la bouche du volcan et prêt à descendre au fond de son cratère. Le soleil se montre de temps en temps à travers le voile de vapeurs qui enveloppe toute la montagne. Cet accident, qui me cache un des plus beaux paysages de la terre, sert à redoubler l’horreur de ce lieu. Le Vésuve, séparé par les nuages des pays enchantés qui sont à sa base, a l’air d’être ainsi placé dans le plus profond des déserts, et l’espèce de terreur qu’il inspire n’est point affaiblie par le spectacle d’une ville florissante à ses pieds.

Je propose à mon guide de descendre dans le cratère ; il fait quelque difficulté, pour obtenir un peu plus d’argent. Nous convenons d’une somme qu’il veut avoir sur-le-champ. Je la lui donne. Il dépouille son habit ; nous marchons quelque temps sur les bords de l’abîme, pour trouver une ligne moins perpendiculaire et plus facile à descendre. Le guide s’arrête et m’avertit de me préparer. Nous allons nous précipiter.

Nous voilà au fond du gouffre[1]. Je désespère de pouvoir peindre ce chaos.

Qu’on se figure un bassin d’un mille de tour et de trois cents pieds d’élévation, qui va s’élargissant en forme d’entonnoir. Ses bords ou ses parois intérieures sont sillonnées par le fluide de feu que ce bassin a contenu, et qu’il a versé au dehors. Les parties saillantes de ces sillons ressemblent aux jambages de briques dont les Romains appuyaient leurs énormes maçonneries. Des rochers sont suspendus dans quelques parties du contour, et leurs débris, mêlés à une pâte de cendres, recouvrent l’abîme.

Ce fond du bassin est labouré de différentes manières. À peu près au milieu sont creusés trois puits ou petites bouches nouvellement ouvertes, et qui vomirent des flammes pendant le séjour des Français à Naples en 1798.

Des fumées transpirent à travers les pores du gouffre, surtout du côté de la Torre del Greco. Dans le flanc opposé, vers Caserte, j’aperçois une flamme. Quand vous enfoncez la main dans les cendres, vous les trouvez brûlantes à quelques pouces de profondeur sous la surface.

Victor Hugo lui consacre un poème :

Et désormais, chargés du seul fardeau des âmes,
Pauvres comme le peuple, humbles comme les femmes,
Ne redoutez plus rien. Votre église est le port !
Quand longtemps a grondé la bouche du Vésuve,
Quand sa lave, écumant comme un vin dans la cuve,
Apparaît toute rouge au bord,


Naples s’émeut ; pleurante, effarée et lascive,
Elle accourt, elle étreint la terre convulsive ;
Elle demande grâce au volcan courroucé ;
Point de grâce ! un long jet de cendre et de fumée
Grandit incessamment sur la cime enflammée,
Comme un cou de vautour hors de l’air dressé.


Soudain un éclair luit ! Hors du cratère immense
La sombre éruption bondit comme en démence.
Adieu le fronton grec et le temple toscan !
La flamme des vaisseaux empourpre la voilure.
La lave se répand comme une chevelure
Sur les épaules du volcan.


Elle vient, elle vient, cette lave profonde
Qui féconde les champs et fait des ports dans l’onde ;
Plages, mer, archipels, tout tressaille à la fois ;
Ses flots roulent, vermeils, fumants, inexorables ;
Et Naple et ses palais tremblent, plus misérables
Qu’au souffle de l’orage une feuille des bois !


Chaos prodigieux ! la cendre emplit les rues,
La terre revomit des maisons disparues ;
Chaque toit éperdu se heurte au toit voisin ;
La mer bout dans le golfe et la plaine s’embrase ;
Et les clochers géants, chancelant sur leur base,
Sonnent d’eux-mêmes le tocsin !


Mais – c’est Dieu qui le veut – tout en brisant des villes,
En comblant les vallons, en effaçant les îles,
En charriant les tours sur son flot en courroux,
Tout en bouleversant les ondes et la terre,
Toujours Vésuve épargne en son propre cratère
L’humble ermitage où prie un vieux prêtre à genoux !

Il en est de même pour le poète Lamartine

Ramenez-moi, disais-je, au fortuné rivage
Où Naples réfléchit dans une mer d’azur
Ses palais, ses coteaux, ses astres sans nuage,
Où l’oranger fleurit sous un ciel toujours pur.
Que tardez-vous ? Partons ! Je veux revoir encore
Le Vésuve enflammé sortant du sein des eaux ;
Je veux de ses hauteurs voir se lever l’aurore ;
Je veux, guidant les pas de celle que j’adore,
Redescendre en rêvant de ces riants coteaux.


Suis-moi dans les détours de ce golfe tranquille ;
Retournons sur ces bords à nos pas si connus,
Aux jardins de Cynthie, au tombeau de Virgile,
Près des débris épars du temple de Vénus :
Là, sous les orangers, sous la vigne fleurie,
Dont le pampre flexible au myrte se marie,
Et tresse sur ta tête une voûte de fleurs,
Au doux bruit de la vague ou du vent qui murmure,
Seuls avec notre amour, seuls avec la nature,
La vie et la lumière auront plus de douceurs.


De mes jours pâlissants le flambeau se consume ;
Il s’éteint par degrés au souffle du malheur,
Ou, s’il jette parfois une faible lueur,
C’est quand ton souvenir dans mon sein le rallume.
Je ne sais si les dieux me permettront enfin
D’achever ici-bas ma pénible journée :
Mon horizon se borne, et mon œil incertain
Ose l’étendre à peine au-delà d’une année.
Mais s’il faut périr au matin,
S’il faut, sur une terre au bonheur destinée,
Laisser échapper de ma main
Cette coupe que le destin
Semblait avoir pour moi de roses couronnée,
Je ne demande aux dieux que de guider mes pas
Jusqu’aux bords qu’embellit ta mémoire chérie,
De saluer de loin ces fortunés climats,
Et de mourir aux lieux où j’ai goûté la vie.

 Vous trouverez sur le site du Louvre un dossier sur le Vésuve dans les tableaux du musée : https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/vue-de-naples-avec-le-vesuve

Un lien vers un vidéo qui vous fait vivre l'éruption de 79 comme si vous étiez : https://www.maxisciences.com/pompei/la-catastrophe-de-pompei-comme-si-vous-y-etiez_art33299.html 

Une reconstitution 3D d'une villa pompéienne (reportage sous-titré en anglais mais dont vous pouvez profiter de la qualité des images) 

 

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